La flore


La flore vasculaire de la Corse apparaît constituée de 2978 taxons (dont 454 introduits).

La flore endémique comprend 296 taxons : 131 taxons endémiques sont strictement corses, les autres se retrouvent en Sardaigne, Toscane, aux îles Baléares, ou bien encore sur les côtes Méditerranéennes.

Antisanti se situe à l'étage mésoméditerranéen (jusqu'à 1000 m). Bien que la flore de cet étage comporte plus de 1500 taxons, elle n'offre modestement que 6,31 % d'endémiques (1).

Le châtaignier, le chêne vert et le chêne liège sont des espèces connues et nombreux sont les sites qui les citent. Nous nous intéresserons plutôt à des espèces mentionnées plus rarement bien que certaines, utilisées pour leurs propriétés curatives, soient bien connues. A d'autres encore comme l'Asphodèle, on a de tous temps prêté des vertus magiques.

 

L'Asphodèle

L'asphodèle porte-cerises, Asphodelus Cerasifer, a des hampes florales dépassant un mètre et des feuilles triquètres en gouttière, raides, insérées en spirale. Les fleurs sont blanches en grappes ramifiées peu serrées.

 Les auteurs anciens parlaient non seulement du miel au buis mais aussi du miel à l'asphodèle (2).

Aussi, la langue corse dispose de plusieurs noms pour désigner cette plante, dont certains appartiennent à un fonds prélatin. C'est le cas de laravellu et taravucciu (talavucciu, taravucciu, taravucciulu, talavellu...), des mots aux racines particulièrement anciennes, qui disent à quel point l'asphodèle a marqué, en Corse comme dans une grande partie de la Méditerranée, l'imaginaire des hommes.

C'était une fleur sacrée emblème de la résurrection dans la mythologie grecque et romaine. Le royaume des morts, selon Homère, était une sorte de plaine semée d'asphodèles, et des philosophes comme Hésiode ou Plutarque ont longuement médité sur les qualités de cette plante peu ordinaire (3).

L'asphodèle est encore appelée arbucciu, arbucciulu, talbucciu, biancafiore ou fiore di i morti.

C'est la seule plante dont on parle dans le mazzérisme car la tige constitue l'arme des mazzeri dans leurs combats annuels (les mandrache) (2).

La hampe florale était utilisée pour éclairer les villages lorsqu'on se déplaçait les nuits sans lune. Marcelle Conrad a observé, il y a 50 ans, des petits morceaux de cette tige trempés dans de l'huile d'olive et allumés sur les tombes la nuit de la Toussaint (4).

L'asphodèle est, dans la grande tradition mythologique, l'aliment des sages, des dieux et des morts (3).

En effet, le bulbe de l'asphodèle contient de l'amidon. Cuit, il est comestible (celui de l'année). On peut même en faire un genre de pain des pauvres.

Les tiges séchées servent de fourrage et s'utilisent pour la confection d'objets. Elles ont des propriétés médicinales, les feuilles fraîches étaient utilisées pour soigner les plaies, ou pour éloigner les moustiques. 

 

La Bruyère

Deux variétés de bruyères (scopa) peuvent être observées : la bruyère arborescente, Erica Arborea, scopa maschile, qui pousse du bord de mer à 1370m et brûle facilement en été et la bruyère à balais, Erica Scoparia, scopa feminile.

La bruyère avait mauvaise réputation. On l'accusait d'être traître, d'avoir trahi des fugitifs.

Selon le dicton : bugiardu cum'è a scopa (4).

Le bois servait à réaliser différents objets, les souches ont servi à faire des ébauchons de pipe.

 

Le Coquelicot

Le coquelicot, Papaver rhoeas, est nommé pappaveru, baldacchinu, rosula, ou bien encore vedulella. Le coquelicot contient principalement des glucides (l'anthocyanine qui lui donne sa couleur rouge) et des alcaloïdes (codeine et rheadine), qui conduisent aux applications thérapeutiques que l'on connait : 

- les pétales servent à faire une lotion de beauté pour combattre les rides et la peau sèche (propriétés anti-oxydantes de l'anthocyanine).

- le sirop de coquelicot soigne la toux, les angines, les bronchites. Plus simplement, on réalisait des tisanes de coquelicot pour faire dormir les bébés (propriétés sédatives des alcaloïdes).

Les graines peuvent encore aromatiser le pain et, mélangées au miel, elles rendent sa saveur plus corsée. 

 

L'Euphorbe

L'euphorbe de Corse (Euphorbia myrsinites) produit un latex contenant principalement des terpènes, des saponosides, et des enzymes. Le latex d'Euphorbe a servi pour traiter les verrues.

Toute la plante est dangereuse, notamment les graines.

 

La Férule

La férule commune, Ferula communis, est appelée ferla ou ferula.

C'est une grande plante herbacée, pouvant atteindre 2 à 3 m de haut, à tige pleine d'une moelle abondante ; feuilles : découpées en lanières filiformes ; fleurs : en ombelles, jaunâtres à 20-40 rayons ; fruits : elliptiques, de 7 à 15 mm de long.

Selon Hésiode, Prométhée déroba le feu au creux d'une férule et les traditions marocaines et algériennes utilisent encore ce produit pour écarter les mauvais esprits.

La férule a été employée à Pâques pour porter le feu nouveau : la moelle était allumée et brûlait lentement ; ou bien encore pour affûter les rasoirs, les outils ou pour fabriquer des tabourets légers utilisés pour la traite.

La férule est crainte par les bergers. En effet, la ferule est très toxique et même mortelle. Quand elle commence à monter à fleurs, elle élabore des principes anticoagulants (des dérivés 4-hydroxycoumariniques, le férulénol et l'hydroxyférulénol ainsi que la ferprénine). C'est alors l'époque de la transhumance et les bêtes, qui mangent n'importe quoi, peuvent mourir d'hémorragie (férulisme). Enfin, quand elle est sèche, elle gonfle comme une éponge et peut étouffer l'animal.

Les intoxications par la férule commune, avec symptomatologie grave, n'ont jusqu'à présent été rapportées que chez l'animal, après consommation répétée de cette plante. Mais une intoxication humaine est toujours envisageable.

 

L'Hellébore

L'hellébore (Helleborus argutifolius) (a nocca) est une plante toxique cyrno-sarde qui donne de belles et grandes fleurs. Elle est la première à éclore (en hiver).

Autrefois, cette plante était utilisée pour soigner les plaies des bêtes: on faisait chauffer la racine au feu afin d'en extraire son suc qui tuait les vers et désinfectait la plaie.

Outre cette utilisation dans la pharmacopée populaire, signalons que pour protéger leurs fromages et conserver leur fraicheur, les bergers les enveloppaient dans des feuilles d'hellébore.

 

Le Muscari à toupet

Muscari comosum est une plante vivace géophyte à bulbe, commune jusqu'à 1 400 m, à odeur de musc, poussant dans des prairies sur sol plutôt sec. La floraison se produit d'avril à juillet.

La tige (30 à 50 cm) est grêle, ronde et comporte plus de 3 feuilles très allongées, assez larges, glauques, souvent canaliculées, à bords rudes.

Les fleurs sont en grappe, celles du sommet sont stériles, violacées en houppe, les autres, fertiles, sont, à maturité, bien séparées, assez grandes (5 à 8 mm), ovoïdes, brun vert, horizontales et sont formées de 6 pièces presque soudées formant une cloche à 6 dents.

 

L'Ortie

L'ortie, Urtica, est appelée puncicula ou urticula. Il existe cinq espèces. Les orties étaient consommées dans la soupe.

 

Le Petit Houx

Cet arbuste, Ruscus aculeatus, qui peut mesurer un mètre de haut, apprécie les sous-bois clairs, secs et chauds de la région méditerranéenne. Les "feuilles" sont en réalité des rameaux aplatis appelés cladodes. Ceux-ci portent une ou deux petites fleurs verdâtres qui sont mâles (à étamines) sur certains pieds et femelles (à pistils) sur d'autres. Seuls ces derniers porteront des baies rouges qui sont toxiques.

 

La Ronce à feuilles d'ormes

La ronce à feuilles d'ormes, Rubus ulmifolius, (sepalu, lama), rosacée vivace à tiges ligneuses couchées, traçantes munies de feuilles trifoliolées et d'aiguillons redoutables. Le fruit est la mûre.

Les ronces fournissaient des liens et des entraves, les baies, une tisane contre le mal de gorge. Les feuilles tendres sont une nourriture recherchée des chèvres.

 

La Sauge fausse verveine

La sauge fausse verveine, Salvia verbenaca, pousse sur les coteaux secs, talus, chemins... C'est une espèce commune utilisée comme condiment.

 

La Violette et le Cyclamen

Au début du printemps, on peut se régaler les yeux de la magnifique floraison rose du cyclamen (Cyclamen repandum) et du bleu soutenu des petites violettes (Viola corsica ilvensis) qui poussent dans les lieux frais et humides aux bords des chemins de terre dans les endroits cachés et ombragés.

 

Et encore...


Ptilostemon casabonae


Petite pervenche
Vinca minor

 

  1. Jacques GAMISANS et Jean-François MARZOCCHI, "La Flore endémique de la CORSE", Edisud Ed., Aix en Provence, 1996.
  2. Charles GALTIER, Les Saints guérisseurs, Harvath, 1990, p 107
  3. Terre Sauvage, 1994, N°85, p 128
  4. Marcelle CONRAD, "Les Corses et les plantes sauvages ; autrefois et maintenant", Conférence faite à Cervioni le 3 avril 1981. En règle générale, les noms corses et les utilisations des plantes sont tirées de ce texte.

ATTENTION

Certaines espèces sont protégées. La liste peut en être obtenue sur le web, par exemple, sur le site de l'association de protection de la nature et de l'environnement.

Certaines plantes sont toxiques. Concernant cette toxicité, voir par exemple le site suivant : plantes.toxiques.free.fr

 

N.B. Les utilisations sont données à titre indicatif.